Nos églises sont vides et les raisons de cette désertion des fidèles ne sont pas à chercher très loin. Si l’on veut savoir pourquoi les gens fuient la messe, il faut se poser les bonnes questions : qu’avons-nous fait de notre liturgie ? Quel cerveau malade a imaginé qu’au sortir de Vatican II, les gens allaient venir à l’Eglise à condition qu’on les prive de leur passé pour leur proposer des célébrations indigentes ?


Le Concile souhaitait permettre l’usage des langues vernaculaires pour que la liturgie puisse favoriser un plus grand amour de la Parole ? On s’est empressé de tout dire en « langue du peuple » ce qui a eu pour conséquence de parasiter la liturgie à l’aide d’improvisations aussi creuses que pathétiques ; les prêtres se sont crus autorisés à inventer des oraisons, à bafouiller des platitudes en pensant qu’il serait réellement bénéfique de transformer et réarranger les célébrations liturgiques pour qu’elles soient plus conformes à la nullité spirituelle et morale du « peuple de Dieu obligé de marcher joyeux en tenant une lampe allumée à la main» - d’après les paroles de certains cantiques -.


Sous prétexte que tout étant bon dès lors qu’il s’agissait de mettre le bazar à la messe, on a monté en épingle l’idée de « participation active » pour en faire le prétexte à une incessante agitation. Terminée la messe recueillie : il a fallu monter sur les planches et les podiums, agiter des foulards, taper dans les mains, applaudir l’évêque de passage, organiser des partages d’Evangile en petits groupes, faire des rondes autour de l’autel, se « serrer la louche » au moment du rite de la Paix, et surtout se presser dans le chœur pour le « Notre Père », parce qu’en tenant la main des uns et des autres autour du célébrant-vedette-du-jour c’est quand même nettement plus « sympa ». Peu importait si c’était moche, vulgaire, hérétique, creux, l’important étant que la tradition liturgique qui s’était constituée au cours des deux mille ans de christianisme puisse être définitivement effacée de la mémoire des fidèles. Ce qui fut rapidement fait et qui a fait dire au cardinal Müller, ex-préfet de la Congrégation pour la doctrine de la Foi qu’ « on a, dans nos églises, des qui ne croient pas, qui ne réfléchissent pas. » Disons qui ne croient plus de façon catholique et qui ont été rendus incapables de réfléchir comme des catholiques.


Pendant qu’on attaquait la liturgie dans les séminaires diocésains et les paroisses arriva une curieuse exégèse qui allait achever la ruine. Que disait cette exégèse ? Que le Christ s’étant fait pauvre, il fallait lui offrir ce que nous avions de plus misérable, de plus pouilleux et de plus laid. Vinrent les calices en terre cuite, les paniers en osier, les autels ressemblant à des tables de jardins, les grotesques gandouras liturgiques portées sans cordon pour permettre de mettre en valeur le relâchement généralisé du clergé. Vinrent aussi des messes célébrées, à la plage sur un caillou à berniques ou sur un canot pneumatique retourné - si, si ! - et maintenant les « liturgies-barnum » qui plaisent tant à des spectateurs et à des évêques qui ne semblent plus savoir ni ce qu’ils disent ni ce qu’ils font.


Enfin on crut bon, pour achever de saper les enseignements du Concile dont chacun se réclame, de confier la liturgie à l’arbitraire d’une multitude d’ « EAP » - Equipes d’Animation Pastorale - qui s’empressèrent de faire passer leur mauvais goût et leurs idées saugrenues avant les enseignements de l’Eglise. Nombre de ces « EAP » firent la vie dure aux prêtres qui tentaient de refuser ces dévoiements. On renvoya aussi les choristes et les organistes qui n’admettaient pas qu’un refrain de trois notes composé entre le café et le pousse-café puisse remplacer le chant grégorien que Vatican II entendait conserver dans toutes les actions liturgiques.


On créa des unités de « laïcs engagés » chargés d’inventer et de présider des rituels de funérailles ou encore de décorer les sanctuaires à l’aide d’affreux dessins réalisés par les enfants du catéchisme qu’on voit rarement à la messe le dimanche.
Les postes jugés les plus prestigieux furent surtout occupés par des « madames » en manque de reconnaissance dans leur environnement social et qui, ravies de pouvoir un peu « jouer au prêtre » devant des assistances vieillissantes, en profitèrent pour se faire admirer à grands renforts de gestes faussement solennels.


Alors que le Concile n’avait fait que redire et rénover la beauté du rite liturgique pour le rendre plus directement visible et parlant aux yeux des fidèles, on s’est amusé à transformer la liturgie en un spectacle privé, en prétexte à se masser le nombril, à chanter des platitudes, à se faire des bisous au geste de paix... bref, à transformer la messe en biennale.
Et les résultats ne se sont pas fait attendre. Les gens, ne voyant plus Dieu dans ce qu’on leur donnait le dimanche à l’église, ont cru qu’Il n’existait plus.


Par pitié, quand nos évêques se ressaisiront-ils ? Quand se décideront-ils à corriger les erreurs accumulées par leurs prédécesseurs ? Quand cesseront-ils de fréquenter leurs soviets diocésains pour (re)devenir ce qu’ils auraient toujours dû être : des hommes de prière et de contemplation ?

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