Après trois jours de réflexion avec le pape François, les 32 évêques chiliens ont tous remis leur charge au pape après la gestion calamiteuse des scandales d’abus sexuels, lors d’une conférence de presse, ce vendredi midi 18 mai à Rome.

Le pape François rencontre les évêques chiliens dans la sacristie de la cathédrale de Santiago au Chili, le 16 janvier 2018.ZOOM 

Le pape François rencontre les évêques chiliens dans la sacristie de la cathédrale de Santiago au Chili, le 16 janvier 2018. / VaticanMedia-Foto/Cpp/Ciric

C’est une nouvelle sans précédent. L’ensemble de la conférence épiscopale chilienne, convoquée cette semaine à Rome par le pape pour rendre des comptes de leur gestion calamiteuse des scandales d’abus sexuels dans leur pays, a annoncé, vendredi 18 mai, avoir remis leur charge au pape.

Dans une lettre adressée lundi aux 32 évêques chiliens en poste, qui a fuité, le pape avait déploré que cette « plaie » ait été « traitée jusqu’à présent avec un médicament qui, loin de cicatriser, semble l’avoir creusée davantage dans son épaisseur et sa douleur ».

« Nous avons besoin d’un changement, poursuivait-il. Non seulement nous le devons à nos communautés et à tant de personnes qui ont souffert et qui souffrent dans leur chair, mais nous le devons aussi à l’esprit de conversion propre à la mission et l’identité de l’Eglise ».

Dans une autre lettre, plus courte et rendue publique jeudi 17 mai, il leur avait annoncé avoir engagé l’Église au Chili dans un processus de « changements afin de rétablir la justice » après les scandales de pédophilie.

La quatrième et dernière rencontre entre le pape et les évêques chiliens s’était achevée jeudi en fin de journée. À la fin de cette période « de discernement et de rencontre fraternelle », le pape avait remis à chacun une lettre.

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Le pape y remerciait les évêques pour ce temps de « discernement franc face aux faits graves qui ont blessé la communion ecclésiale et affaibli le travail de l’Église au Chili ». Il se dit assuré de la pleine disponibilité de chacun pour collaborer aux changements et résolutions adoptés. « Nous avons approfondi [la] gravité des abus de pouvoir et de conscience sur les mineurs, ainsi que leurs tragiques conséquences ».

Construire « une Église prophétique »

Le pape rappelle encore qu’il a demandé pardon à certaines de ces victimes. « Les évêques, poursuit-il, se sont unis en une seule volonté avec la ferme proposition de réparer les dommages causés. » Le pape ne donne aucune piste sur d’éventuelles sanctions contre des évêques, dont certains sont soupçonnés d’avoir gardé le silence sur des cas d’abus sexuels.

Il conclut sa lettre en invitant les évêques chiliens à construire « une Église prophétique, à l’écoute de l’affamé, du prisonnier, du migrant et de l’abusé ».

Le secrétaire général de la conférence épiscopale du Chili, Mgr Fernando Ramos, doit faire une « déclaration » ce vendredi à la mi-journée devant la presse.

Mesures concrètes à brève échéance

Le prêtre espagnol Jordi Bertomeu – coauteur avec Mgr Charles Scicluna d’une enquête commandée par le pape sur des abus sexuels perpétrés par le clergé chilien – avait relevé jeudi matin que la convocation de l’ensemble de la conférence épiscopale chilienne à Rome était exceptionnelle.

« Nous attendons des mesures concrètes à brève échéance. Le pape est un homme de parole », avait-il dit à des journalistes latino-américains. « Je pense que nous sommes en train d’écrire l’Histoire », avait-il ajouté, soulignant que les abus sexuels « ne peuvent être tolérés ».

À la lecture, en avril, des conclusions de 2 300 pages d’enquête du père Bertomeu, dont 64 témoignages recueillis au Chili et aux États-Unis, le pape avait reconnu avoir commis « de graves erreurs » d’appréciation de la situation au Chili et parlé d’un « manque d’informations véridiques et équilibrées ». Il avait alors convoqué tous les évêques du Chili à Rome pour examiner les conclusions du rapport.

Avant de les recevoir, le pape avait accueilli début mai pendant plusieurs jours dans sa résidence du Vatican trois victimes d’abus sexuels. Selon ces trois hommes, il leur a promis des mesures « adéquates et durables ».

L’omerta d’une partie de la hiérarchie

Juan Carlos Cruz, James Hamilton et Jose Andrés Murillo (victimes du père Fernando Karadima, reconnu coupable en 2011 par un tribunal du Vatican d’avoir commis des actes pédophiles dans les années 1980 et 1990) avaient dénoncé devant la presse l’omerta d’une partie de la haute hiérarchie de l’Église catholique du Chili.

L’un d’eux avait nommément mis en cause le cardinal Javier Errazuriz, membre de la commission de neuf cardinaux (C9) chargée de conseiller le pape sur les réformes de la Curie, et qui vient régulièrement à Rome.

Jeudi, le cardinal Errazuriz a accusé les victimes de « calomnies » dans un entretien au média chilien T13. « J’ai enquêté sur Karadima, je n’en dirai pas plus », a commenté le cardinal. Le pape m’a dit que « je l’avais toujours bien informé », s’est défendu le cardinal chilien.

Le pape tente de réparer le fiasco médiatique de son voyage au Chili en janvier, quand il avait défendu avec force un évêque chilien, Juan Barros, soupçonné d’avoir caché les actes pédophiles du père Fernando Karadima.

Nicolas Senèze
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