Mgr Ginoux : « il fallait que quelqu’un réponde au MRJC »

Le prochain Synode débouchera t-il sur des principes en accord avec la Doctrine multi-séculaire ? Cela à l'air mal parti !

Un des représentants de la France au pré-synode des jeunes à Rome est issu du MRJC. Qu’en pensez-vous ?

Je trouve cette sélection franchement déséquilibrée. Sur les trois membres envoyés, il y a un membre du MRJC et aucun de grands mouvements de jeunes, comme le scoutisme ou la communauté de l’Emmanuel. Ça parait étrange. J’ai fait part de mon questionnement, dans un courrier, à la responsable nationale jeunesse de la CEF. Cela est d’autant plus étonnant qu’un mouvement comme le scoutisme fournit de nombreuses vocations, alors que je n’en ai jamais vu aucune sortir du MRJC.

ARTICLE | 25/01/2018 | Par Antoine Pasquier

Mgr Ginoux

Mgr Ginoux, évêque de Montauban

 ©P.GLORIEUX-CIRIC

Dans un courrier adressé le 22 janvier au secrétaire national du Mouvement rural de jeunesse chrétienne (MRJC), l’évêque de Montauban, Mgr Bernard Ginoux, juge le communiqué du mouvement sur l’IVG et la Marche pour la vie « irrecevable ». Il s’en explique à Famille Chrétienne.

Comment avez-vous réagi à la publication du communiqué du MRJC ?

J’ai été peiné de voir combien il était agressif vis-à-vis de la Marche pour la vie, en particulier avec le mot « haine ». Entre chrétiens, parler de haine pour des gens qui vont manifester paisiblement dans la rue, c’est une fake news parfaite ! Dans leur communiqué, les responsables de ce mouvement parlent de la liberté pour les femmes de choisir une IVG ; mais ce n’est en rien une liberté ! Et je m’appuie sur mon expérience personnelle d’ancien aumônier d’hôpital pour dire cela. L’IVG est un mal et on ne peut pas recommander un mal. Par ailleurs, demander à l‘Église de revoir sa position, c’est impossible. A plus forte raison de la part d’un mouvement d’Église, subventionné par elle.

Ma réaction a donc été évidente. En tant qu’évêque, je ne peux pas laisser dire que l’IVG est un droit fondamental. Pour des chrétiens, le respect de la vie s’impose. Il fallait que quelqu’un leur réponde. J’ai considéré que c’était dans ma mission d’évêque, de celui qui veille sur la foi catholique.

Un mouvement catholique peut-il s’opposer à l’enseignement de l’Église ?

Il faut être cohérent. Si un mouvement veut être d’Église, il convient qu’il soit d’accord sur les fondamentaux. On peut ne pas être d’accord sur des questions de forme – par exemple les défilés de la Manif pour tous -, mais pas sur les fondamentaux de l’enseignement de l’Église, dont fait partie le respect de la vie.

Ce coup d’éclat appelle-t-il une réaction officielle des évêques ?

Mon courrier est passé par la Conférence des évêques de France, non pour avoir son feu vert, mais par correction, afin qu’elle en soit informée. Ce n’est donc pas un coup de franc-tireur. A cette heure, une quinzaine d’évêques m’ont félicité et me soutiennent. En tant qu’accompagnateur de la pastorale en monde rural, Mgr Habert, l’évêque de Sées, a lui aussi écrit une lettre au MRJC dans le même sens que la mienne. A nous de voir maintenant, évêques, si nous voulons en parler et en débattre lors de la prochaine assemblée. Cet été encore, le MRJC a fait intervenir des personnes issues de la LGBT dans ses réunions ! Ça pose quand même de sérieuses questions.

Le MRJC est pourtant une association indépendante…

Oui, mais une des questions qui se pose est celle de la subvention d’environ 570 000 euros qu’il reçoit de la part de la CEF. Ne convient-il pas de la revoir ? De faire un audit ? Chaque diocèse est ponctionné pour financer les services ou mouvements nationaux. Mon diocèse donne 30 000 euros chaque année, et une partie de cet argent part au MRJC. Comme évêque, je ne veux plus lui donner aucune aide financière ou matérielle.

Ce coup d’éclat n’est pas vraiment nouveau. Des mouvements comme le MRJC ont souvent été en désaccord avec le magistère de l’Eglise.

Ce n’est effectivement pas nouveau. Depuis trente ans et plus, nous assistons à une dérive d’une partie du mouvement d’Action catholique. Le MRJC se réclame de la Jeunesse agricole chrétienne (JAC). Mais la JAC elle-même avait déjà tourné très largement, dans les années 60, vers la gauche marxiste. Mais ces mouvements sont intouchables.

Pourquoi sont-ils intouchables ?

Leur sensibilité de gauche est très importante aux yeux de beaucoup dans l’Église de France. Alors on les soutient. On affirme qu’ils touchent de près des personnes que l’Église ne côtoie jamais. Mais nous n’avons aucune preuve de cela. Et qu’apportent-ils à ces jeunes ? Que leur proposent-ils de la foi catholique ? Au mieux, l’encyclique Laudato si comme document chrétien ; au pire une analyse sociologique de notre société avec un regard politisé. Je veux bien que l’on puisse discuter et débattre de certains sujets, mais pas au point de remettre en cause l’essentiel de la foi catholique

Dans votre diocèse, que l’on peut qualifier de rural, existe-il une antenne du MRJC ?

Non, le mouvement s’est éteint de lui-même. La dernière permanente diocésaine du mouvement - que je partageais d’ailleurs avec le diocèse d’Albi - sortait des quartiers populaires. Elle n’était absolument pas du monde rural ! Il ne faut pas se leurrer, ce mouvement touche très peu d’adolescents dans le monde rural. Le mouvement n’existe pas dans plusieurs diocèses ruraux. Un évêque voisin m’a écrit hier pour me dire que, dans son diocèse, la question était réglée puisqu’il n’avait jamais vu de trace du MRJC. Pendant les six années où je les ai côtoyés dans mon diocèse, ils ne m’ont jamais demandé de prêtre et durant leur camp d’été il n’y avait jamais ni messe ni quoique ce soit !

Un des représentants de la France au pré-synode des jeunes à Rome est issu du MRJC. Qu’en pensez-vous ?

Je trouve cette sélection franchement déséquilibrée. Sur les trois membres envoyés, il y a un membre du MRJC et aucun de grands mouvements de jeunes, comme le scoutisme ou la communauté de l’Emmanuel. Ça parait étrange. J’ai fait part de mon questionnement, dans un courrier, à la responsable nationale jeunesse de la CEF. Cela est d’autant plus étonnant qu’un mouvement comme le scoutisme fournit de nombreuses vocations, alors que je n’en ai jamais vu aucune sortir du MRJC.

http://www.famillechretienne.fr/filinfo/mgr-ginoux-il-fallait-que-quelqu-un-reponde-au-mrjc-231174

Bastiano