26 janvier 2017

LE PAPE ET L'ORDRE DE MALTE: UNE VICTOIRE À LA PYRRHUS?

Roberto de Mattei


La démission du Grand Maître de l'Ordre de Malte Matthew Festing, imposée le 23 janvier par François, risque d'être pour ce dernier une victoire à la Pyrrhus. Le Pape Bergoglio a en effet obtenu ce qu'il voulait, mais il a dû recourir à la force, faisant violence à la fois au droit et au bon sens. Et c'est destiné à avoir de lourdes conséquences non seulement au sein de l'Ordre de Malte, mais parmi les catholiques du monde entier, de plus en plus perplexe et déconcerté par la façon dont François gouverne l'Eglise.

Le pape savait qu'il n'avait aucun titre juridique pour intervenir dans les affaires intérieures d'un ordre souverain, et encors moins pour exiger la démission de son Grand Maître. Il savait aussi que le même Grand Maître ne pouvait pas résister à la pression morale d'une demande de démission, même illégitime.

En agissant ainsi, le pape Bergoglio a exercé un acte d'empire ouvertement contraire à l'esprit de dialogue qui a été le leitmotiv de l'année de miséricorde. Mais, ce qui est plus grave, l'intervention est advenue pour «punir» le courant qui dans l'Ordre est plus fidèle au Magistère immuable de l'Eglise et soutenir au contraire l'aile laïque, qui voudrait transformer les Chevaliers de Malte en une ONG humanitaire, distributrice «pour le bien», de préservatifs et de produits abortifs. La prochaine victime désignée apparaît être le Cardinal patron Raymond Leo Burke, qui a la double faute d'avoir défendu l'orthodoxie catholique au sein de l'Ordre et d'être l'un des quatre cardinaux qui ont critiqué les erreurs théologiques et morales de l'Exhortation bergoglienne Amoris laetitia .

Lors de sa rencontre avec le Grand Maître, François lui a annoncé son intention de «réformer» l'Ordre, c'est-à-dire la volonté de dénaturer son caractère religieux, même si c'est précisément au nom de l'autorité papale, qu'il veut commencer son émancipation des normes religieuses et morales. Il s'agit d'un projet de destruction de l'Ordre, qui naturellement ne pourra se produire que grâce à la reddition des Chevaliers, lesquels semblent malheureusement avoir perdu l'esprit militant qui les distingua sur les champs des croisades et dans les eaux de Rhodes, Chypre et Lépante. Mais ce faisant, le pape Bergoglio a perdu beaucoup de sa crédibilité, aux yeux non seulement des Chevaliers, mais d'un nombre croissant de fidèles, qui relèvent la contradiction entre sa façon de parler, engageante et mielleuse, et d'agir, intolérante et menaçante.

http://benoit-et-moi.fr/2017/actualite/demission-du-grand-maitre-de-lordre-de-malte.html