Synode sur la famille : Comment le Pape a perdu sa bataille

Les conclusions du Synode sur la famille ont été rendues ce samedi 24 octobre, et témoignent de l'échec du Pape François à convaincre sur les deux thématiques principales des réunions (homosexualité et ouverture aux divorces remariés). Pour autant, ni les conservateurs, ni les progressistes ne peuvent se targuer d'avoir remporté la bataille.

 

Atlantico : Le synode sur la famille s’achève ce week-end au Vatican. Le pape a-t-il réussi son pari ?

Bernard Lecomte : La réponse, à première vue, est plutôt négative. Rien d’important ne semble avoir émergé de ces deux ans de réunions très sérieuses, de débats et de polémiques, de questionnaires compliqués, de textes contradictoires, de synthèses contestées et d’interventions du pape : pas de texte retentissant, pas de conclusion péremptoire, par de décision spectaculaire ! Sur le plan médiatique, on retiendra que le pape François n’a pas réussi à convaincre la majorité de ses cardinaux sur les deux sujets qui avaient retenu l’attention l’an dernier, et qui étaient devenus emblématiques : l’ouverture aux divorcés remariés et aux couples homosexuels.

 

 

Au contraire, un clivage s’est profondément creusé, sur ces deux thèmes, forçant le pape lui-même à répéter plusieurs fois, et avec insistance, qu’il n’a jamais été question de toucher au dogme de l’indissolubilité du mariage.

Mais quel était, sur le fond, l’objectif du pape François ? Le synode sur la famille n’était pas destiné à devenir une compétition doctrinale entre théologiens attachés au droit canonique, mais un échange général, profond, varié, sur le terrain de prédilection du pape : la pastorale, l’évangélisation, la mission. Au risque de mettre en opposition le "doctrinal" et le "pastoral", ce qui s’est produit pour le dossier des divorcés remariés. Encore les évêques ont-ils tous admis, même les plus rigides, que cette question ne pouvait plus être traitée uniquement sur le plan du droit : l’Eglise n’est pas un poste de douane, a rappelé le pape, mais plutôt un hôpital de campagne, qui doit accueillir tous les blessés de la vie, les pécheurs, les marginaux, qui savent tous qu’ils bénéficieront, in fine, de la miséricorde de Dieu.

Le pape avait aussi une intuition, en ouvrant ce synode, qui a été vérifiée par tous ces cardinaux et évêques venus des quatre coins du monde : si la famille traditionnelle est dangereusement menacée dans notre monde agité, les problèmes ne se posent pas de la même façon sur tous les continents et dans tous les milieux.  L’exemple le plus frappant, c’est l’agacement des évêques africains face à nos questionnements européens – les divorcés remariés, le mariage gay – qu’ils perçoivent comme des problèmes de riches, comparés à la polygamie, aux mariages arrangés, au commerce des enfants ou à la multiplication des orphelins due aux guerres et aux migrations !  

Qui, des progressistes ou des conservateurs, peut le plus se satisfaire de cette conclusion, pour autant que les uns ou les autres le puissent ?

Ni les uns, ni les autres. Ceux qui espéraient que ces débats déboucheraient sur un assouplissement de la doctrine sur les divorcés remariés, ou sur une démarche plus formelle en direction des couples homosexuels, sont déçus, car aucun texte final ne mentionne ces ouvertures espérées. Mais à l’inverse, ceux qui ont ferraillé contre toute esquisse de tentative d’assouplissement de la doctrine familiale de l’Eglise, celle-là même qu’avaient gravée dans le marbre les papes Jean-Paul II et Benoît XVI, sont inquiets de voir que le pape s’est ménagé plusieurs portes de sortie grâce auxquelles, pour l’avenir, il garde la main.

 

Quels ont été les moments marquants du synode ? Quelle a été l'ambiance au Vatican pendant cette période ?

Mettons de côté les inévitables soubresauts médiatiques d’un tel événement : le spectaculaire coming out du prélat polonais homosexuel, la publication confuse de la lettre des "treize", etc. Globalement, l’ambiance était davantage au travail – le sujet le méritait – qu’aux manœuvres de couloir. Il y a eu des débats, des désaccords ? Tant mieux : cela prouve que l’Eglise n’est ni une caserne, ni une secte ! Maintenant, si l’on prend un peu de recul, il me semble que le discours inattendu du pape sur la nécessité de "changer la papauté", notamment sur la responsabilité première des évêques face aux problèmes tels qu’ils se posent sur le terrain, restera dans les mémoires. La question étant de savoir jusqu’où le pape argentin est prêt à laisser filer cette "décentralisation" : prendra-t-il le risque que l’Eglise soit plus ou moins rigoureuse en fonction des options de tel ou tel évêque, ou selon les accommodements auxquels seront disposées les conférences épiscopales ? Voilà l’enjeu, il est énorme !

Que pensez-vous des rumeurs concernant la santé du Saint Père ?

Quand l’actualité du Vatican, qui n’est pas toujours désopilante, commence à tourner en rond, comme ce fut le cas en cette fin de synode, on peut toujours compter sur la presse italienne pour relancer l’attention par des scoops sensationnels. Cette fois encore, on n’a pas été déçus !


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