Les réactions italiennes à ce qui a été qualifié de « putsch de la miséricorde » par le professeurPatrizia Fermani, membre fondateur des Giuristi per la Vita (Avocats pour la Vie) et fondateur duComitato Nel Nome dell’Infanzia (Comité Au nom de la petite enfance), n’ont pas tardé. Dès le 13 mars 2015, le journaliste italien Antonio Margheriti Mastino écrivait sur son site papalepapale : « Il y a quelque temps, un cardinal bien connu et hypocondriaque, peut-être en proie à l’état anxieux permanent que provoque cette psychose, avait décrété en privé que l’IOR [ndlr : banque du Vatican] était dans un très mauvais état, et que sa faillite était une question de mois. Exagérait-il ? Peut-être. Ce n’est toutefois pas la première fois que des situations financières pareilles se produisent, et le Saint-Siège y a souvent fait face avec un Jubilé extraordinaire. » Il entendait par là que les offrandes réalisées généreusement pour accompagner pénitence et conversion pouvaient contribuer à combler un déficit financier. Cependant Antonio Mastino précisait : « Le fait est que le dernier jubilé pénitentiel ne rapporta pas beaucoup, et qu’ils avaient tout misé sur la surexposition médiatique. A ceux qui comme moi, à Rome, l’ont vécu en direct, il avait paru une sorte de grande fête foraine où tout sens des limites avait été perdu, et où la purification générale avait été la dernière des préoccupations des participants, tout au long de cette année 2000. Si bien que le cardinal Ratzinger, parcourant le programme psychédélique du Jubilé, avait levé les yeux au ciel, affirmant résigné : “Tous les 25 ans, ça va…, mais pas plus”. »

Le 15 mars, le journaliste italien Antonio Socci s’interrogeait sur son site antoniosocci : « L’Année sainte qui vient d’être annoncée sera-t-elle centrée sur Jésus-Christ, comme les précédentes, ou sur le pape Bergoglio ? (…) Le Jubilé – depuis le premier, en 1300 – a toujours été fixé à des dates qui se réfèrent aux années de la naissance et de la mort de Jésus-Christ. Y compris les jubilés extraordinaires (très rares). Celui de 2016 est le premier Jubilé de l’histoire de l’Eglise qui n’a pas en son centre l’événement historique de Jésus-Christ, de sa vie terrestre. Comme il fallait trouver quelque raison de le convoquer en 2016, Bergoglio a décidé qu’il serait tenu pour le 50eanniversaire de la clôture du concile Vatican II. Mais qu’est-ce que c’est que cet anniversaire ? On n’a jamais fait un Jubilé pour un concile. Et puis le concile Vatican II a pris fin en 1965, pas en 1966, et donc on ne célèbre pas le 50e, mais le 51e anniversaire de la conclusion du 21e concile de l’Eglise.

« C’est donc un prétexte, plus que tout idéologique et même auto-référentiel, parce que centré sur un fait ecclésial plutôt que sur le Christ (si on devait considérer des événements similaires dans l’histoire de l’Eglise, chaque année, on pourrait organiser une Année sainte).

« Le premier Jubilé de l’histoire qui n’aura pas en son centre l’événement du Christ aura, comme protagoniste médiatique incontesté, le pape Bergoglio, le pape qui par ailleurs, ne salue pas les fidèles avec la phrase traditionnelle ‘Loué soit Jésus Christ’, mais avec ‘Bonjour’ et ‘Bonsoir’, étant ainsi salué par les médias comme ‘pape affable’.

« Ce sera donc une année de triomphalisme bergoglien. Même la référence à la miséricorde, voulue par le Pape, va dans ce sens. Le Corriere écrit en première page : Il sera dédié à la miséricorde. Mais c’est un pléonasme car tous les Jubilés, par leur nature même, sont dédiés à la miséricorde. La cathédrale de Sienne a une stèle gravée sur son portail, qui rapporte les paroles avec lesquelles Boniface VIII a proclamé le premier Jubilé de l’histoire, en 1300, et le mot clé est justement ‘miséricorde’.

« Alors, pourquoi a-t-on voulu affirmer que le Jubilé de 2016 sera particulièrement axé sur la miséricorde et se caractérise par cela ? »

Le 17 mars le professeur Patrizia Fermani expliquait sur le site Riscossa Cristiana : « C’est là qu’intervient le coup de main. Voilà l’idée formidable de donner une forme sacramentelle au programme politique révolutionnaire. Il suffit de lui donner la forme solennelle du jubilé. Ce qui va dissimuler, même aux étourdis, aux obtus ou aux confus, le renversement de la mission de l’Eglise sous une charge de pathos religieux. La miséricorde de Bergoglio, l’amnistie générale avec effacement rétroactif du péché, doit avoir une forme théologique et sacrale capable d’anéantir toute résistance. L’exaltation mystique représentait pour les religions primitives également la sublimation de l’irrationnel et du charnel. Le jubilé de Bergoglio vise à la sublimation des nouveaux rites de la modernité devenus les rites de la nouvelle Eglise du troisième millénaire, œcuménique, athée et populaire, et produira par la force des choses leur consécration définitive. »

Répondant aux questions de l’agence I.Media le 9 avril 2015, le cardinal Walter Kasper rappelle qu’avec ce thème, le pape François s’inscrit dans la ligne du concile Vatican II en citant le discours d’ouverture de Jean XXIII au concile : « aujourd’hui, l’Epouse du Christ (l’Eglise, ndlr) préfère recourir au remède de la miséricorde, plutôt que de brandir les armes de la sévérité ». Dans l’Exhortation apostolique Evangelii Gaudium, ajoute-t-il, François évoque l’obligation d’une conversion pastorale. « L’Eglise doit devenir une maison ouverte à tous, explique-t-il. L’Eglise comme sacrement du Salut est aussi signe et instrument de la miséricorde de Dieu ». Cependant, en « amplifiant ainsi un thème central et fondamental de la Bible et de la tradition spirituelle de l’Eglise », le pape a fait de la miséricorde le thème clé de son pontificat, souligne le président émérite du Conseil pour la promotion de l’unité des chrétiens pour qui l’Année de la Miséricorde fait bien partie du programme de la réforme du pape François.

(Sources : radiovatican/ papalepapale/ antoniosocci/ riscossacristiana/ benoitetmoi/ imedia – DICI n°316 du 05/06/15)