LE CARDINAL BALDISSERI A ORDONNÉ L'INTERCEPTION D'UN LIVRE EXPÉDIÉ AUX PARTICIPANTS AU SYNODE



Kath.net et Edward Pentin rapportent que le Cardinal Lorenzo Baldisseri, Secrétaire du Synode des Evêques, a ordonné l'interception de plus d'une centaine d'exemplaires du livre Demeurer dans la Vérité du Christ, qui avaient été expédiées aux participants du Synode Extraordinaire d'octobre dernier.
Le livre, qui comprend les essais de cinq cardinaux - y compris les Cardinaux Burke et Brandmüller - ainsi que de quatre autres spécialistes, a été écrit en réponse au livre du Cardinal Walter Kasper L'Evangile de la Famille, et défend l'enseignement de l'Eglise selon lequel les catholiques qui ont divorcé et se sont remariés civilement ne peuvent pas recevoir la Sainte Communion. Il a été édité par le Père Robert Dodaro OSA, qui avait été interviewé sur le sujet par The Catholic World Report en septembre dernier.

Pentin rapporte:

Des sources fiables et de haut niveau affirment que le chef du secrétariat du Synode de évêques, le Cardinal Lorenzo Baldisseri, a ordonné qu'ils soient interceptés car ils auraient "interféré avec le synode".
Une des sources m'a dit que Baldisseri était "furieux" que le livre ait été expédié aux participants et a ordonné au personnel du bureau de poste du Vatican de s'assurer qu'elles ne parviennent pas à la salle des débats.

Kath.net rapporte que quelque 200 exemplaires du livre ont été expédies, mais qu'apparemment seulement quelques-uns sont parvenus aux destinataires, ce qui a été confirmé par le Père Joseph Fessio SJ, des éditions Ignatius Press (éditeur de Benoît XVI aux Etats-Unis). Pentin affirme que les livres avaient été envoyés par "les voies appropriées des systèmes postaux italiens et du Vatican", mais que Baldisseri prétend qu'ils avaient été expédiés "de façon irrégulière", et que l'interception était donc légitime.
Autrement dit, le cardinal Baldisseri aurait admis que les livres ont été saisis; le différend porte donc sur pourquoi ils ont été saisis. Pentin affirme aussi les livres auraient été détruits après avoir été confisqués.
Il y a trois mois, le Père Federico Lombardi, porte-parole du Vatican, a déclaré ne rien savoir au sujet des allégations concernant les livres confisqués, et a écarté les sources des allégations comme n'étant pas "sérieuses ni objectives". 
Pentin, un journaliste chevronné et respecté - qui avait enregistré une interview controversé avec le cardinal Kasper pendant le Synode - conclut son rapport disant que depuis décembre, "les allégations ont été plus largement connues et ont été confirmées aux plus hauts niveaux de l'Eglise" .

Que faut-il penser de tout cela? 
Premièrement, comme le remarque Father Z, ces allégations impliquent un grave délit:

Quand les organisateurs du Synode se sont aperçus de ce qui avait été envoyé aux membres du Synode, quelqu'un a enlevé toutes les enveloppes des boites à lettre des membres!
Cela s'appelle un vol. Cela est illégal. Ils volent le courrier des gens. Corrigez-moi si je me trompe, mais n'est-ce pas un délit dans tous les pays? L'Etat de la Cité du Vatican, c'est un pays, non?

Deuxièmement le fait rajoute à la nature déjà très discutée et controversée du Synode, marqué par la discorde, les accusations de manipulation, et par un rapport de mi-synode qui avait suscité colère et accusations d' efforts concertés pour faire avancer des affirmations pro-homosexuelles et contraires à l'enseignement établi de l'Eglise. 

En troisième lieu, cela soulève de sérieuses questions sur les motivations et la gestion du cardinal Baldisseri qui a déjà officiellement fait quelques déclarations controversées destinées évidemment à ceux qui défendent l'enseignement de l'Eglise sur le mariage, le divorce, le remariage et la Communion. Il y a un mois, il. a déclaré ce qui suit à Aleteia:

"Donc, il n'y a aucune raison de se scandaliser s'il y a un cardinal ou un théologien qui affirme quelque chose de différent de la soi-disant « doctrine commune ». Cela ne signifie pas être contre. Cela signifie réfléchir. Car le dogme a sa propre évolution; c'est un développement, pas un changement".

Le cardinal a ajouté qu'il est "juste qu'il y ait une réaction" et que c'est "exactement ce que nous voulons aujourd'hui. Nous voulons discuter des choses, pas afin de mettre les choses en doute, mais de les voir plutôt dans un nouveau contexte, et avec une nouvelle conscience. Que ferait autrement la théologie sinon répéter ce qui a été dit dans le dernier siècle, ou il y a 20 siècles?"

Il a aussi affirmé que les "discussions sont bienvenues", même si on se demande comment une approche aussi accueillante se concilie avec la décision d'intercepter et peut-être détruire les copies d'un livre qui fait partie de ces discussions.

En quatrième lieu, cela soulève des questions sur la transparence et l'ouverture qui sont censées marquer l’actuel pontificat. 
Si ces allégations se confirment, seront-elles dûment traitées? Si ce n'est pas le cas, elles vont soulever d'autres questions sur les réformes que François poursuit dans la Curie. Plus simplement, est-ce le genre d'actions dont un pape désire qu'elles se produisent, surtout après avoir dénoncé "la maladie de la rivalité et de la vanité" lors de son discours de Noël à la Curie?

Finalement, qu'est-ce que cela montre des motivations et du jugement de ceux qui semblent intentionnés non seulement à éteindre la libre discussion et le débat ouvert - au synode des évêques de l'an dernier et au prochain - mais qui s'engagent aussi en des tactiques lourdes afin d'arriver à leurs fins? 
Demeurer en la Vérité du Christ est une travail scientifique et d'engagement pastoral; il n'est pas une tirade coléreuse et polémique ou le fruit d'une stratégie d'intimidation. Il prend au sérieux l'appel du Pape François à la discussion ouverte, un appel que certains, au moins de ce cas, ne semblent pas intéressés à suivre.

www.catholicworldreport.com 

http://benoit-et-moi.fr/2015-I/actualites/scandale-au-synode-doctobre-dernier.html