Le Synode défend la doctrine mais encourage la compassion

Le Pape au Synode sur la famille jeudi matin

16/10/2014

L’assemblée du Synode s’est clairement et librement exprimée, par le biais des rapports présentés ce vendredi matin en présence du Pape. C’est le fruit d’un travail intense, rigoureux, en profondeur. A de rares différences près, les dix groupes linguistiques, au sein desquels tous les participants avaient été répartis, se sont prononcés en faveur d’une considérable refonte du rapport d’étape présenté lundi. Un carrefour a indiqué avoir proposé jusqu’à 80 amendements. D’autres ont proposé en plusieurs endroits clés du texte une nouvelle formulation, voir une totale réécriture. Les appels à la prudence et à la vigilance sont nombreux, surtout dans le choix des mots,  pour éviter de semer la confusion. Ce Synode ne doit pas donner l’impression que l’Eglise abandonne sa doctrine sur l’indissolubilité du mariage et la famille. L’Eglise respecte toutes les personnes humaines, mais pas tous les comportements humains.

Plusieurs appels également en faveur d’une réflexion approfondie, avant le synode de l’année prochaine, sur les thèmes les plus délicats comme celui des divorcés-remariés, de la communion spirituelle ou de l’attitude à adopter à l’égard de la multiplication des unions libres, les uns souhaitant la constitution de groupes d’études composés d’experts, d’autres préférant une plus large consultation impliquant les diocèses. Pour la plupart, un langage nouveau s’impose, des développements sont possibles, à des conditions bien précises toutefois, conformes à la vérité de l’Evangile et à la tradition de l’Eglise. Malgré la pluralité et la diversité des situations ecclésiales, une nette convergence s’est dégagée en faveur de la mise en valeur des familles qui vivent avec cohérence et fidélité le mariage chrétien. Les familles chrétiennes ont besoin d’être soutenues dans un contexte qui ne leur est pas favorable.

Sur des points plus précis, des réserves ont été exprimées au sujet de l’admission des divorcés remariés aux sacrements de la Réconciliation et de l’Eucharistie, sur le recours au concept de gradualité, à l’analogie œcuménique développée par Lumen gentium et à l’expression patristique Semences du Verbe. Les avis sont partagés sur l’accélération des procédures pour les déclarations de nullité matrimoniale. Concernant les personnes homosexuelles, la plupart des groupes se prononcent en faveur de l’accueil, du respect  et de l’accompagnement pastoral, sans valider une forme de sexualité ou une forme de vie. Certains paragraphes de la Relatio post-disceptationem, précise-t-on, risquaient d’être compris comme la légitimation a priori de situations de vie irrégulières voire peccamineuses. Quant à l’encyclique de Paul VI humanae vitae, son inspiration prophétique devrait être présentée de manière positive et actualisée pour aujourd’hui.

Des groupes regrettent que certaines situations de souffrances aient été négligées dans le texte présenté lundi, comme la solitude des personnes âgées, les conséquences de la violence et des guerres, les tracasseries bureaucratiques qui entravent les adoptions…. Deux groupes ont dénoncé les manœuvres de certaines organisations internationales visant à imposer par voie de chantage financier aux pays pauvres leur propre conception de l’homme, du mariage et de la société. Des groupes proposent qu’une certaine autonomie soit laissée aux Eglises locales dans la recherche de réponses aux préoccupations pastorales qui sont les leurs. En clair, l’objectif du Synode est faire passer l’amour de l’Eglise pour toutes les personnes et sa compassion pour celles qui se trouvent dans une situation de souffrance. Le défi sera de trouver un équilibre entre approche dogmatique et proximité pastorale, entre la charité et l’amour de la vérité.

Un des deux groupes francophones a exprimé l’émotion et le désarroi provoqués par la diffusion, lundi, du Rapport post-disceptationem, un document de travail provisoire. Il demande que soient évaluées avec soin les causes et les conséquences d’un événement qui a semé perplexités et questions. 

Un des trois groupes italiens a regretté que la Relatio ait donné l’impression que l’Eglise a peur de porter un jugement sur un certain nombre d’expressions culturelles dominantes. Cela n’est pas cohérent avec sa mission prophétique de l’Eglise. Ne recherchons pas un populisme facile.

Au terme de cette nouvelle étape d’un cheminement ardu, où les confrontations n’ont pas manqué, certains ont estimé que l’Eglise était en train de vivre un moment majeur de son histoire, dans l’esprit du Concile Vatican II.

Romilda Ferrauto

http://fr.radiovaticana.va/news/2014/10/16/le_synode_d%C3%A9fend_la_doctrine_mais_encourage_la_compassion/1108753