À l'occasion de la fête de Saint Jacques le Majeur, un rappel utile du Père Santiago González, prêtre de l'Archidiocèse de Séville. 

Le 25 juillet, on célébrait Saint Jacques le Majeur.


Ce rappel du Père Santiago González est bienvenu en ce moment où nombreux parmi ceux qui devraient nous guider (et parfois même des clercs) croient ou semblent vouloir nous dire que le Bonheur (et pas les petits instants de bonheur dont nous devons à chaque fois remercier le Seigneur) peut se trouver dans ce monde.
(Carlota traductrice)

Une année encore, nous célébrons la Solennité de l’Apôtre Saint Jacques le Majeur (*), Patron de l’Espagne, et en considérant l’Évangile correspondant de la Sainte Messe, nous sommes « surpris» par la leçon d’amour et d’humilité que Notre Seigneur Jésus Christ donne à Saint Jacques (et à son frère Jean) face à l’élan (noble mais fourvoyé) de ce grand disciple qui attend encore un règne divin plus temporel que spirituel.

Lisons avec attention le passage de Mathieu 20,20-28 et occupons-nous de la réponse ferme du Rédempteur à ces disciples qui n’ont pas encore purifié leur cœur des aspirations seulement humaines : 
« Pouvez-vous boire le calice que je dois boire ? » ; c'est-à-dire que Jésus présente à eux et à tous les chrétiens, que Le suivre, cheminer vers le Ciel, vivre la Sainteté, en définitive amène avec soi la souffrance, le sacrifice, la douleur offerte depuis l’Amour. Le Christ leur dit et nous dit, que seulement par la CROIX, l’on arrive à la Résurrection. Et dès lors Jacques et Jean vont vivre le reste de leurs vies depuis le charisme de la mortification par amour pour Dieu et leur prochain, ce qui les amènera au martyre physique (Jacques) et moral (Jean). Le diable subit là une grande défaite car le Christ et seulement le Christ est capable de retourner les termes « rationnels » d’une réalité concrète (la DOULEUR),faisant que la souffrance, l’effort moral, la Croix en définitive, se transforment en pont vers le bonheur éternel.

Alors, que nous apporte cet Évangile, pour nous chrétiens d’ « aujourd’hui et maintenant »?
C’est surtout un avertissement face au mauvais chemin que nous avons pris (majoritairement) en présentant la vie de la foi comme un parcours douceâtre et émotionnel où toute référence à la croix est éliminée, ou subtilement réduit à quelque chose de formel, en édifiant un supposé espoir dans lequel maintenir, avec la conscience tranquille (ou mieux « droguée ») tout type de péchés graves sans le moindre petit remords moral. Reconnaissons et signalons quelques effets dévastateurs de ce qui pourrait être qualifié de « catholicisme douceâtre » : 

1: Rejet complet, ou presque absolu de la doctrine de l’Église, en la considérant comme « étrangère aux signes actuels » ou éloignée d’une réalité qui est déjà irréversible. Devant ce vide, chaque catholique croit qu’il peut décider par lui-même de ce qui est bon ou mal. Dans la conscience personnelle, il prend la place de Dieu et installe sa propre subjectivité, une subjectivité qui exige respect et presque adoration. De là l’expression : « l’Église ne doit pas ENVAHIR la conscience de la personne ».

2: Fondement de la vie chrétienne dans la complète sécurité du salut éternel (depuis l’hérésie luthérienne de la justification par la seule foi, assumée par le modernisme) (**). De là le chemin qui n’est qu’une succession d’émotions et de sentiments où il n’y a pas la place, ni même d’une façon approximative, pour une doctrine de vie ascétique qui contienne la lutte intérieure contre le péché et l’engagement (définitif, non temporaire) pour l’amour de Dieu, et les âmes comme « tâche » correspondant à la réponse à l’appel de la sainteté reçu du baptême.

3: Ré-interprétation de tout le CREDO chrétien non pas depuis la négation du Credo lui-même mais depuis le diabolique processus (très subtil évidemment) de modifier peu à peu l’enseignement pastoral et moral des chrétiens pour qu'au terme de cet itinéraire, tous les principes vrais (et dogmatiquement proclamés et/ou intégrés dans le dépôt de la Foi) tombent par eux-mêmes comme un château de cartes, en n’étant ni suivis ni crus par l’immense majorité des croyants. Ce troisième effet est AUJOURD’HUI une réalité très évidente et indiscutable. Par exemple, combien de catholiques AUJOURD’HUI ne croient ni à l’enfer, ni à la présence Réelle Eucharistique, ni en ce que le Christ est LA VÉRITÉ (non pas une vérité) ? …
Combien de catholiques aujourd’hui croient que l’on déroge au sixième commandement (celui de l’adultère et plus largement de la chasteté pour un célibataire) et par conséquent qu’il n’y a pas de péché contre ce commandement ? …
Combien de catholiques croient que c’est la même chose d’avoir une foi plutôt que d’autres puisque toutes les religions sont égales ?... Combien ? : Il est possible que cela soit la majorité, au moins à l’intérieur de l’entourage occidental.

La réflexion de l’Évangile du Jour de la Saint Jacques Apôtre, doit nous aider à ouvrir les yeux devant cette dérive profonde où est entrée une majorité sensible des chrétiens (le catholicisme douceâtre) et à détecter l’addiction de la consciente (qui vit dans une paix factice) afin d’entrer par le seul chemin possible du salut: le chemin de la croix qui porte implicite la seule et véritable joie.

* * *

NDT
(*) C’est le Santiago des Espagnols. Fils de Zébédée et frère aîné de Jean l’Évangéliste, il est cité plusieurs fois dans l’Évangile où il est surnommé par le Christ lui-même « Fils du tonnerre », qui peut faire penser qu’il avait un caractère vif. Il va très aller prêcher en Hispanie, mais sans grand succès semble-t-il. De retour à Jérusalem il sera condamné à la décapitation par le roi Hérode Agrippa (c’est pour cela qu’il est représenté avec un glaive) vers 42-44. Ses disciples auraient embarqué corps et auraient fini pas échouer sur la côte de Galice. Enterré dans un bois, sa tombe sera retrouvée au IXème siècle, autour d’elle se développera Saint Jacques de Compostelle. Se fête le 25 juillet. Sa dévotion a soutenu les chrétiens de la péninsule ibérique pendant les sept siècles de la difficile reconquête de leurs terres contre les envahisseurs musulmans.

(**) Le « je crois » et sa version plus laïque du « je pense donc je suis », s’ils ont permis une légitime liberté individuelle (que le christianisme avait déjà enseigné 15 siècles auparavant) ont aussi conduit, parce que toute construction humaine est imparfaite, à un relativisme moderne dévastateur, et d’autant plus quand les bergers eux-mêmes ont oublié leur rôle de bergers et ont renoncé à lutter à contre courant, oubliant les paroles même du Christ.

 

http://infocatolica.com/?t=opinion&cod=21489

http://benoit-et-moi.fr/2014-II/actualites/st-jacques-apotre-et-le-christianisme-douceatre.html

Bastiano