26 mai 2014

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D'une  façon objective, les prières se rangent en diverses catégories, il y a les prières publiques et les prières privées; la prière vocale et l'oraison mentale, les oraisons ordinaires et celles extraordinaires. Ces diverses prières ont chacune leur valeur intrinsèque, et si on les compare les unes aux autres, on verra que cette valeur n'est pas égale.

De toute façon quelle que soit la valeur objective d'une prière, il faut toujours la considérer dans la personne qui prie, car alors seulement elle acquiert toute sa valeur réelle, augmentée ou diminuée par les bonnes ou les mauvaises dispositions de cette personne.

La prière en elle-même .

Au premier range arrivent les prières publiques, c'est à dire la messe, l'office et les solennités religieuses. En descendant de quelques degrés, on a les prières vocales privées, comme les litanies des Saints et de la Sainte Vierge,le rosaire et autres prières pieuses connues des fidèles, l'origine de ces formules dues généralement à des Saints, les beaux sentiments qu'elles expriment et surtout l'apporbation de  l'Eglise leur donnent une valeur incontestable  qui ne permet pas de les dédaigner.

Cependant toute prière vocale, d'un côté est inférieure à la prière mentale, parce qu'il est possible de réciter des formules du bout des lèvres, par routine, sans aucune participation ni de l'esprit ni du coeur. Alors la prière vocale perd tout son mérite. Saint Augustin ne craint pas de comparer aux aboiements de chien les paroles des personnes qui disent ou chantent l'office, sans joindre aucun acte intérieur de religion à leur culte extérieur.

sous ce rapport l'oraison mentale l'emporte sur la prière vocale, puisqu'elle part nécessairement du fond de l'âme et présente à Dieu des actes spirituels qui lui sont agréables.

Quelle est la valeur respective des oraisons mentales,comparées entre elles, abstraction faite de la ferveur des personnes qui font ces oraisons?

Le mérite de ces oraisons se règle sur le plus ou moins d'amour en Dieu dont elles remplissent notre âme. Or dans la méditation il arrive souvent que le temps se passe à réfléchir, Il n'en reste point ou presque rien pour aimer. En outre l'âme se tient trop loin de Dieu. Elle l'aime à distance, au travers des images, des raisonnements de son esprit, ce qui est peu favorable à l'ardeur du saint amour. Dans l'oraison affective, le temps employé est consacré tout entier à aimer;mais c'est un amour sensible. Il a la faiblesse et tous les défauts de la sensibilité.

Au contraire, dans l'oraison de Foi, l'amour devient spirituel. La volonté seule le traduit en actes courageux d'adoration, d'humilité, de patience, d'obéissance et d'abandon filial.

Ainsi considérée objectivement, la méditation est inférieure à l'oraison affective et celle-ci à la contemplation. Examinons maintenant la valeur objective des oraisons surnaturelles et miraculeuses, celles-ci l'emportent sur toutes les autres, elles sont hors concours puisqu'elles ne dépendent pas de nous, en effet dans toute prière il y a la part du Saint Esprit et la nôtre, Celle du Saint Esprit étant la meilleure bien sûr. La nôtre augmente ou diminue en mérite, selon le plus ou moins de docilité que nous prêtons à l'impulsion de la grâce. Or, dans les oraisons ordinaires nous avons toute liberté de résister au Saint Esprit et nous en abusons trop souvent. Il n'en est plus de même dans les oraisons extraordinaires. Leur caractère miraculeux réside précisément en ce point.

L'action de Dieu l'emporte sur la nôtre et entraîne le consentement de notre volonté, rendant nos résistances impossibles. Le Mérite de ces oraisons reste donc intact, sans être gâté par quelque acte malencontreux de notre part.

Dieu aide l'âme par un acte de sa miséricorde infinie. Il daigne étendre son influence sur les facultés intellectuelles et sensibles, en chassant le démon et procurant à l'âme une paix profonde qu'elle ne mériterait pas . Il ne fait pas réfléchir l'esprit; il n'excite pas des émotions vives dans la sensibilité. Il les empêche seulement, en les tenant dans le calme, de troubler le travail d'amour fait par la volonté. La contemplation devient alors très douce et très suave.

L'oraison devient tout à fait miraculeuse quand l'âme ne peut ni la commencer, ni la terminer à son gré. Dieu y fait presque tout, laissant à l'âme la seule liberté de consentir avec amour à ses opérations surnaturelles.Elle reçoit ainsi des trésors de sainteté et elle en a tout le profit, sans perdre le mérite de sa prière.

Reste les oraisons ordinaires  vocales et mentales, envisagées dans la personne qui les fait.

Tout dépend de notre bonne volonté&, la plus parfaite des oraisons mentales, si on la fait avec lâcheté, ne vaut pas une petite prière vocale récitée avec beaucoup de ferveur. Comme notre bonne volonté se manifeste par la correspondance à la grâce du Saint Esprit, il est inutile, il est même imprudent de choisir telle ou telle oraison mentaled'aàprès sa valeur intrinsèque. On ne doit pas dire, par exemple :

Je veux faire l'oraison de Foi, puisque c'est de toutes la plus fructueuse. S'exercer à cette oraison sans l'attrait de la Grâce, c'est se fatiguer inutilement, il faut toujours régler l'action de nôtre âme d'après celle du Saint Esprit. c'est pourquoi selon l"impulsion qu'il nous donne, nous devons méditer, faire l'oraison affective ou contempler, sans tenir compte de la valeur respective de ces oraisons. C'est le seul moyen de rendre nos prière efficaces. 

Il en est de même pour les prières publiques, nous pourrons très bien les choisir d'après leur valeur intrinsèque et nous porter de préférence à la meilleure qui est la Sainte Messe. Mais il ne faut pas oublier que nos dispositions personnelles doivent compléter la valeur de ces prières.

Dire, entendre la Messe, sans aucune dévotion, en ayant l'esprit et le coeur occupés de choses profanes, ne nous est d'aucun profit. Nous pouvons même nous rendre très coupables, en manquant de respect à cet adorable sacrifice.

Au contraire une petite prière vocale récitée avec attention et beaucoup d'amour de Dieu nous obtiendra de grandes grâces, même de grâces de contemplation. Dans nos rapports avec Dieu, les moyens extérieurs sont secondaires. Le principal est dans nos dispositions intérieures, si elles sont parfaites, un Pater peut suffire pour nous élever très haut dans son amour.

Voici ce que disait Sainte Thérèse D'avila :

" je connais une personne dit elle au chapitre XXXI du ' chemin de la perfection ' qui, n'ayant jamais pu faire d'autre oraison que la vocale, possédait toutes les autres; et quand elle voulait prier d'autre manière, son esprit s'égarait de telle sorte qu'elle ne pouvait se souffrir elle-même. Elle récitait des Pater, en pensant aux mystères où Notre Seigneur a répandu son sang, et, à l'aide de cette prière vocale, elle restait plusieurs heures dans une intime union avec le divin Maître. Elle vint me trouver un jour fort affligée de e que, ne pouvant faire l'oraison mentale, ni s'appliquer à la contemplation, elle se trouvait réduite à faire seulement quelques oraisons vocales. Je lui demandai quelles prières elle récitait, et je vis qu'en disant simplement le Pater, elle entrait dans une si haute contemplation, que Notre Seigneur l'elevait jusqu'à l'union divine " 

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Bastiano