5 avril 2014

LA RÉDEMPTION ET SES EFFETS.

La Rédemption est une oeuvre merveilleuse, le chef-d‘oeuvre de Dieu, qui refait l‘homme défiguré par le péché, et le remet, en un certain sens, dans un état
meilleur que celui qui a précédé sa chute, si bien que l‘Église ne craint pas, dans sa liturgie, de bénir la faute qui nous a valu un Rédempteur tel que l‘Homme Dieu

I. SA NATURE.

77.

Dieu, qui de toute éternité avait prévu la chute de l‘homme, voulut aussi de toute éternité préparer aux hommes un Rédempteur en la personne de son Fils: il
résolut de se faire homme, pour que devenu chef de l‘humanité, il pût expier d‘une façon parfaite notre péché et nous rendre, avec la grâce, tous nos droits au ciel. Ainsi il sut tirer le bien du mal et concilier les droits de sa justice avec ceux de sa bonté. Il n‘était pas tenu sans doute d‘exercer pleinement tous les droits de sa justice; il aurait pu pardonner à l‘homme, en se contentant de la réparation imparfaite que celui ci aurait pu offrir. Mais il jugea plus digne de sa gloire et plus utile à l‘homme de mettre celui-ci en état de réparer complètement sa faute.

78.

A) La justice parfaite demandait une réparation adéquate, égale à l‘offense, offerte par un représentant légitime de l‘humanité. C‘est ce que Dieu réalise pleinement par l‘Incarnation et la Rédemption.

a) Dieu incarne sou Fils, en fait par là même le chef de l‘humanité, la tête d‘un corps mystique dont nous sommes les membres; ce Fils a donc le droit d‘agir au nom de ses membres et de réparer en leur nom.

b) Cette réparation est non seulement égale à l‘offense, mais la dépasse de beaucoup; elle a en effet une valeur morale infinie; car, puisque la valeur morale d‘une
action vient avant tout de la dignité de la personne, toutes les actions de l‘Homme-Dieu ont une valeur infinie. Un seul de ses actes aurait donc suffi à réparer d‘une façon adéquate tous les péchés des hommes. Or Jésus a fait des actes innombrables de
réparation inspirés par l‘amour le plus pur; il les a complétés par l‘acte le plus sublime et le plus héroïque, l‘immolation totale de lui- même pendant sa douloureuse passion et au Calvaire; il a donc satisfait abondamment et surabondamment: ―


c) Cette réparation est du même genre que la faute: Adam avait péché par désobéissance et par orgueil; Jésus expie par une humble obéissance, inspirée par
l‘amour et allant jusqu‘à la mort et la mort de la croix ―

 Et de même qu‘une femme était intervenue dans la chute pour entraîner Adam, ainsi une femme intervient dans la rédemption par son
pouvoir d‘intercession et ses mérites c‘est Marie, la Vierge immaculée, la mère du Sauveur, qui coopère avec lui, bien que secondairement, à l‘oeuvre réparatrice. Ainsi la justice est pleinement satisfaite, mais la bonté le sera encore plus.


79.

B) C‘est en effet à l‘infinie miséricorde de Dieu, à l‘amour excessif qu‘il nous porte que la Ste Écriture attribue la rédemption: ―Dieu, nous dit S. Paul, qui est riche en miséricorde, à cause du grand amour dont il nous a aimés ... nous a rendus vivants avec le Christ; 


Les trois divines personnes y concourent à l‘envi, et chacune d‘elles par un amour qui semble vraiment aller à l‘excès.

a) Le Père n‘a qu‘un Fils, égal à lui même, qu‘il aime comme un autre lui même, et dont il est infiniment aimé; or ce Fils unique, il le donne, il le sacrifie pour nous, pour nous rendre la vie perdue par le péché: ―

 Pouvait-il être plus généreux et donner plus que son Fils? Avec Lui du reste, ne nous a-t-il pas tout donné?:


80.

b) Le Fils accepte joyeusement et généreusement la mission qui lui est confiée; dès le premier moment de l‘Incarnation, il s‘offre à son Père comme victime pour remplacer tous les sacrifices de l‘ancienne loi, et sa vie tout entière ne sera qu‘un long sacrifice complété par l‘immolation du Calvaire, sacrifice inspiré par l‘amourqu‘il a pour nous ― le Christ nous a aimés et s‘est livré lui même à Dieu pour nous comme une oblation et un sacrifice d‘agréable odeur (souligné par mes soins) 


81.

c) Pour compléter son oeuvre, il nous envoie le S. Esprit, l‘amour substantiel du Père et du Fils, qui non content de répandre dans nos âmes la grâce et les vertus infuses, surtout la divine charité, se donnera lui-même à nous, pour que nous puissions jouir non seulement de sa présence et de ses dons, mais de sa personne: La charité est répandue dans nos coeurs par le Saint Esprit, qui se donne lui-même à nous: 


La rédemption est donc bien l‘oeuvre d‘amour par excellence; ce qui nous permet de présager ses effets.

II. LES EFFETS DE LA RÉDEMPTION.

82.

 Non content de réparer, par sa satisfaction, l‘offense faite à Dieu, et de nous réconcilier avec lui, Jésus nous mérite toutes les grâces que nous avions perdues par le péché et d‘autres encore. Il nous rend tout d‘abord les biens surnaturels perdus par le péché

a) la grâce habituelle, avec son cortège de vertus infuses et de dons du Saint Esprit; et, pour mieux s‘adapter à la nature humaine, il institue les sacrements, signes sensibles qui nous confèrent la grâce dans toutes les circonstances importantes de notre vie, et nous donnent ainsi plus de sécurité et de confiance; b) des grâces actuelles très abondantes, et que nous avons le droit de considérer même comme plus abondantes que dans l‘état d‘innocence, en vertu de la parole de 


83.

c) Il est parfaitement vrai que le don d‘intégrité ne nous est pas rendu immédiatement, mais progressivement. La grâce de régénération nous laisse aux prises avec la triple concupiscence et toutes les misères de la vie, mais elle nous donne la force nécessaire pour en triompher, nous rend plus humbles, plus vigilants et plus actifs pour prévenir et vaincre les tentations, nous affermit ainsi dans la vertu et nous fournit l‘occasion d‘acquérir plus de mérites; en mettant sous nos yeux les exemples de Jésus, qui a porté si vaillamment sa croix et la nôtre, elle stimule notre ardeur dans la lutte et soutient notre constance dans l‘effort: et les grâces actuelles qu‘il nous a méritées et nous accorde avec une sainte prodigalité, facilitent singulièrement nos efforts et nos victoires. Au fur et à mesure que nous luttons, sous la conduite et avec l‘appui du Maître, la concupiscence diminue, notre force de résistance augmente, et le moment vient où des âmes privilégiées sont tellement affermies dans la vertu que, tout en demeurant libres de pécher, elles ne commettent aucune faute vénielle de propos délibéré. La victoire définitive n‘a lieu qu‘à notre entrée dans le ciel; mais elle sera d‘autant plus glorieuse qu‘elle aura été achetée au prix de plus grands efforts. Ne pouvons-nous donc pas dire: O felix culpa!

84.

d) A ces secours intérieurs, Notre Seigneur en a joint d‘extérieurs, en particulier cette Église visible qu‘il a fondée et organisée pour éclairer nos esprits par son autorité doctrinale, soutenir nos volontés par son pouvoir législatif et judiciaire, sanctifier nos âmes par les sacrements, les sacramentaux et les indulgences. Ne trouvons-nous pas là un immense secours, dont il faut remercier Dieu: O felix culpa!

85.

e) Enfin il n‘est pas certain que le Verbe se fût incarné sans le péché originel. 

Or l‘Incarnation est un bien tellement précieux qu‘à lui seul il suffit pour justifier et expliquer le chant de l‘Église: O felix culpa!

Au lieu d‘un chef bien doué sans doute, mais faillible et peccable, nous avons à notre tête le Fils éternel de Dieu, qui, ayant revêtu notre nature, est aussi véritablement homme qu‘il est vraiment Dieu. Il est le médiateur idéal, médiateur de religion aussi bien que de rédemption, adorant son Père non-seulement en son nom, mais au nom de l‘humanité tout entière, bien plus, au nom des Anges qui par Lui sont heureux de glorifier Dieu 


 Le prêtre parfait, ayant libre accès auprès de Dieu par sa nature divine, et s‘inclinant avec compassion vers les hommes, devenus ses frères, qu‘il traite avec
indulgence, étant lui-même entouré de faiblesse ―qui  Avec lui et par lui nous pouvons rendre à Dieu les hommages infinis auxquels il a droit; avec lui et par lui nous pouvons obtenir toutes les grâces dont nous avons besoin pour nous et pour nos frères quand nous adorons, c‘est lui qui adore en nous et par nous; quand nous demandons secours, c‘est lui qui appuie nos requêtes; et c‘est pourquoi tout ce que nous demandons au Père en son nom nous est libéralement octroyé.

Nous devons donc nous réjouir d‘avoir un tel rédempteur, un tel médiateur, et avoir en lui une confiance sans borne.

Source précis de Théologie Ascétique et Mystique Chanoine Tanquerey

Bastiano