18 mars 2014

Comme il est courant de parler de simplicité et d'humilité de nos jours , s'en glorifiant ou glorifiant d'autres , qu'ils soient prélats ou simples laics ...je vous propose ceci pour parfaire notre compréhension sur cette vertu ...

il y a bien peu de véritable humilité. Hélas ! combien en est-il qui, tant qu'on les flatte, qu'on les loue, ou du moins, qu'on parait les estimer, sont tout de feu pour les pratiques de la piété, ils donneraient tout et se dépouilleraient de tout ; mais un petit reproche, un air d'indifférence leur jette l'amertume dans le cœur, les tourmente, leur arrache des larmes, leur fait prendre mauvaise humeur, leur fait faire mille jugements téméraires, pensant qu'on les traite indignement, qu'on ne le ferait pas à un autre. Hélas ! que cette belle, vertu est rare parmi les chrétiens de nos jours ! que de vertus qui n'ont que l'apparence et qui, au premier coup, sont emportées !

Mais en quoi consiste l'humilité ? – Le voici :

je vous dirai d'abord qu'il y a deux sortes d'humilité, l'une intérieure et l'autre extérieure.

L'humilité extérieure consiste, 1° à ne pas se louer d'avoir bien réussi dans quelque ouvrage que nous avons fait, à ne pas le répéter au monde ; à ne pas raconter nos traits de folie, les voyages que nous avons faits, notre adresse et notre habileté, ni ce que l'on nous a dit peut-être à notre avantage ; 2° à cacher le bien que nous pouvons avoir fait, comme sont nos aumônes, nos prières ; nos pénitences, les services que nous avons rendus au prochain, les grâces intérieures que le bon Dieu nous a faites ; 3° à ne pas prendre plaisir quand on nous loue ; à tâcher de détourner la conversations attribuant à Dieu le bon succès dont on nous loue ; ou à faire connaître que cela nous fait de la peine, et nous en aller, si nous le pouvons ; 4° à ne jamais dire du bien ni du mal de soi-même. Il y en a qui disent souvent du mal d'eux, afin qu'on les loue : ceci est une fausse humilité, qu'on appelle une humilité à crochet. Ne dites rien de vous, contentez-vous de penser que vous êtes un misérable, qu'il faut toute la charité d'un Dieu pour vous souffrir sur la terre ; 5° il ne faut jamais se disputer avec ses égaux ; il faut leur céder dans tout ce qui n'est pas contraire à la conscience ; ne pas toujours croire qu'on a droit ; quand on l'aurait, il faut vite penser que l'on pourrait bien se tromper, comme cela est. arrivé tant d'autres fois ; et surtout ne jamais s'opiniâtrer à avoir le dernier mot, ce qui montre un esprit très orgueilleux ; 6° il ne faut jamais témoigner de la tristesse lorsqu'on paraît nous mépriser, ni aller s'en plaindre à d'autres ; cela montrerait que nous n'avons point d'humilité, puisque si nous en avions, nous ne trouverions jamais que l'on nous méprise, parce que jamais l'on ne pourra nous traiter comme nous le méritons à cause de nos péchés ; au contraire, il faut en remercier le bon Dieu, comme le saint roi David, qui rendait le bien pour le mal, en pensant combien il avait lui-même méprisé le Seigneur par ses péchés ; 7° il faut être bien content quand on vous méprise, à l'exemple de Jésus-Christ, dont il est dit « qu'il se rassasiait d'opprobres, » et à l'exemple des apôtres, de qui il est dit « qu'ils avaient une grande joie d'être trouvés dignes de souffrir quelque mépris, quelques ignominies pour l'amour de Jésus-Christ ; » ce qui fera tout notre bonheur et notre espérance à la mort ; 8° nous ne devons pas nous excuser de nos fautes, quand nous avons fait quelque chose qui peut nous faire blâmer ; ne pas faire penser que ce n'est pas, soit par des mensonges ou des détours, ou par notre air qui semble dire que ce n'est pas nous. Quand même nous serions accusés à fort, pourvu que la gloire du bon Dieu n'y soit pas intéressée, nous ne devons rien dire. Voyez ce qui arriva à cette jeune fille à qui on avait donné le nom de frère Marin.....Hélas ! qui de nous aurait été mis à des épreuves pareilles à celle-là sans se justifier, le pouvant si facilement ? 9° cette humilité consiste à faire tout ce qu'il y de plus dégoûtant, ce que les autres ne veulent pas faire, et à aimer à être vêtu simplement.

Voilà, M.F., en quoi consiste l'humilité extérieure.

Mais en quoi consiste l'intérieure ?

Le voici. Elle consiste,

1° à avoir de bas sentiments de soi-même, ne jamais s'applaudir dans son cœur, quand on a fait quelque chose qui a bien réussi, mais se croire indigne et incapable de faire aucune bonne action, fondé sur les paroles de Jésus-Christ même, qui nous dit que, sans lui, nous ne pouvons rien faire de bon]; nous ne pouvons pas même prononcer une parole, comme dire le saint nom de Jésus, sans le secours du Saint-Esprit ; 2° être bien aise que les autres connaissent, nos défauts, afin d'avoir l'occasion de nous tenir dans notre néant ; 3° être bien content que les autres nous surpassent en biens, en esprit, en vertu, ou en tout autres choses ; se soumettre à la volonté, au jugement d'autrui, toutes les fois que ce n'est pas contre la conscience. Oui, M.F., une personne véritablement humble doit être semblable à un mort qui, ni ne se fâche pour les injures qu'on lui fait, ni ne se réjouit pour les louanges qu'on lui donne.

Voilà, M.F., ce que c'est que de posséder l'humilité chrétienne, qui nous rend si agréables à Dieu et si aimables au prochain. Voyez à présent, si vous l'avez ou non. Et, si vous ne l'avez pas, il ne vous reste pour vous sauver qu'à la demander au bon Dieu, jusqu'à ce que vous l'obteniez ; parce que, sans elle, nous n'entrerons pas dans le ciel. Nous lisons dans la vie de saint Elzéar, qu'ayant été en danger de périr sur la mer, avec tous ceux qui étaient dans le vaisseau, le danger étant passé, sainte Delphine, son épouse, lui demanda s'il n'avait pas eu peur ? Il lui répondit : « Quand je suis en pareil danger, je me recommande à Dieu, et tous ceux qui sont avec moi ; et, je lui dis que s'il y en a qui doivent mourir, ce soit moi, comme étant le plus misérable et le plus indigne de vivre[. » Quelle humilité !... Saint Bernard était si pénétré de son néant, que quand il entrait dans une ville, il se mettait à genoux pour prier le bon Dieu de ne pas punir cette ville à cause de ses péchés ; il croyait que partout où il allait, il n'était capable que d'attirer la malédiction dans l'endroit. Quelle humilité, M.F. ! un si grand saint, dont la vie n'était qu'une chaîne de miracles

Au boulot ...Nous avons tous à en prendre acte non? 

http://livres-mystiques.com/partieTEXTES/Ars/Sermons/Tome3/sermon8.htm

 

 Bastiano