9 mars 2014

En réponse à un commentaire sur le Pentecôtisme protestant, dont certains mouvements catholiques se disent héritiers , ce commentateur mettant en doute la mise en garde de feu l'abbé de Bailliencourt , voici donc, pour plus ample information, à l'intention de cet inscrit au blog, ce que pensait un des "pères" de renouveau charismatique, feu le Cardinal Suenens , chassé de son siège de Bruxelles car affilié à l'orient d'italie donc FM  ( * ) ... entre autre ...

La Libre Belgique, 13 mai 1986.


Le cardinal Suenens met en garde le Renouveau, contre une interprétation supernaturaliste du "repos dans l’Esprit"

 Le cardinal Suenens vient de consacrer un petit livre à l’étude d’un phénomène qui suscite des controverses et des réactions en sens divers. Il s’agit du "Repos dans l’Esprit" (1) appelé encore la "chute dans l’Esprit". Pour mieux comprendre l’enjeu et l’importance de ce nouveau débat, nous avons rencontré le cardinal.


Fabien Deleclos
Qu’entend-on exactement par le "Repos dans l’Esprit" ?

Cardinal Suenens. Il s’agit généralement d’un phénomène de chute involontaire, habituellement en arrière et généralement en connexion avec un service religieux de guérison ou de prière. Le terme classique provenant du Pentecôtisme et employé habituellement dans les milieux charismatiques est celui de "foudroyé par l’Esprit", mais aussi "envahi par la puissance de l’Esprit", ou encore "la bénédiction". Tous ces termes impliquent que - vu du dedans - le phénomène est lié à une action particulière de l’Esprit Saint.

F.D. Donc un phénomène surnaturel ?

C.S. C’est précisément cette interprétation qui fait problème et donne matière à discussion puisque dans ce contexte le rôle de l’Esprit est en question.

F.D.  Comme dans votre livre précédent, il s’agit sans doute de discerner ce qui relève de la nature et de la grâce ?

C.S. Les deux plans sont, en effet, à distinguer. La chute comme telle est un phénomène visible et naturel. Par contre, la chute comme effet d’une action de l’Esprit Saint relèverait de l’ordre des réalités supra naturelles. C’est d’ailleurs pourquoi je préfère utiliser un vocabulaire neutre en parlant de "chute".

 

Un phénomène répandu

F.D. Ce phénomène est-il répandu pour que vous y consacriez un ouvrage d’étude et de discernement ?

C.S. Il y a une importante diffusion du phénomène au sein du Renouveau, mais aussi en dehors de sa sphère d’influence. C’est d’ailleurs ce qui m’a poussé à demander, par l’intermédiaire du Bureau International du Renouveau établi à Rome, que les personnes ayant en la matière une expérience ou une opinion motivée, qu’elle soit positive ou négative, me communiquent leur témoignage. J’ai reçu un nombre considérable de réponses provenant de divers continents. Elles témoignent bien de l’universalité du phénomène, même si les autorités religieuses l’ignorent ou n’en perçoivent qu’un écho affaibli.

F.D. Vos nouvelles mises en garde contre l’émotionalisme et le supernaturalisme outré ne risquent-elles pas d’être mal comprises comme ce fut déjà le cas précédemment ?

C.S. En exerçant une fonction de discernement, ce qui est pratiquement mon "métier" actuellement, je me trouve dans une situation inconfortable et avec une mission particulièrement ingrate. Il n’est pas facile de se placer au milieu sans être mal compris ou critiqué par les extrêmes.

F.D. Votre livre ne va-t-il pas porter ombrage au Renouveau, très sensible au "Repos dans l’Esprit", dans le cadre des services et du charisme de guérison ? 

C.S. Loin d’être une sorte d’attaque contre le Renouveau, mon livre lui manifeste toute ma sympathie, tout en le mettant en garde contre une interprétation supranaturaliste d’un phénomène qui n’est pas une nouveauté, ni nécessairement religieux. Beaucoup de chrétiens l’ignorent. Il faut donc les informer. D’ailleurs, il appartient au discernement final des évêques mandatés par le Seigneur de faire le tri et de reconnaître les signes de Dieu à l’œuvre à travers la faiblesse ou l’inintelligence des hommes.

F.D. Vous voulez éviter les contrefaçons du Renouveau pour ne pas compromettre sa crédibilité ?

C.S. En effet, le Renouveau est "une chance à saisir", une grâce de choix à ne pas manquer faute de reconnaître les signes de Dieu. Mais cela veut dire aussi que là où l’Esprit est à l’œuvre, l’esprit du mal est aux aguets pour déformer, déstabiliser, détruire. Une "chance à saisir", cela signifie donc également une chance à ne pas compromettre par l’introduction de charismes non authentifiés.

F.D. Y a-t-il des antécédents ?

 

Antécédents

C.S. Ce que l’on présente aujourd’hui comme un "charisme inédit pour temps nouveaux" est un phénomène qui est loin d’être inédit ou inconnu dans le passé. L’Eglise se retrouve régulièrement aux prises avec des manifestations corporelles plus ou moins analogues. Ce fut le cas notamment aux 17e et 19e siècles avec les groupes qualifiés d’"enthousiastes", la secte des "trembleurs", etc.

F.D. Est-ce typiquement chrétien ou protestant ?

C.S. Le phénomène se retrouve dans des sectes orientales et dans bien des expériences religieuses où l’on parle de transes, d’extases et de ravissements, même parmi les tribus primitives d’Afrique et d’Amérique latine. Le phénomène n’est d’ailleurs pas nécessairement religieux. Songez aux réactions physiques étonnantes d’une foule, évanouissements compris, au cours de certains festivals de musique pop ou de concerts de rock n’roll.

 

Références bibliques

F.D. Y a-t-il des références bibliques ou mystiques qui permettraient une interprétation surnaturelle ?

C.S. Les allusions de l’Ecriture à des chutes devant la majesté de Dieu sont vraiment d’un autre ordre. Les passages invoqués ne sont pas superposables ou identiques aux phénomènes du "Repos dans l’Esprit". Mais il n’y a pas de recherche exégétique qui cerne avec précision ce sujet. Les références mystiques sont tout autant inadéquates. D’ailleurs, une grâce mystique n’est pas sujette à répétition et ne peut être provoquée.

F.D. On parle cependant de fruits positifs, guérisons de troubles psychiques, paix, repentir...

C.S. Sans doute, l’arbre se juge à ses fruits, mais il ne faut se tromper ni sur l’identité de l’arbre, ni sur l’appréciation des fruits, ni sur le lien qui les rattache.

F.D. Quelle conclusion en tirer ?

C.S. Nous ne pouvons pas fermer les yeux sur ce phénomène et il faut que des directives soient données par les autorités responsables. Théologiens et psychologues sont généralement d’accord pour inviter à une attitude de réserve. Il faut rappeler qu’un phénomène doit être présumé naturel jusqu’à preuve du contraire. Mais en même temps, j’invite à une étude scientifique plus poussée dans la recherche des forces encore inexplorées du psychisme humain.


© Fabien Deleclos

http://www.rivtsion.org/f/popImprim.php?sujet_id=2427_1

(1) Un phénomène controversé "Le repos dans l’Esprit", card. Suenens, Ed. D.D.B., 1986, 99 p.

[Texte aimablement transcrit par Sœur M.M. Kraentzel.]

(*) tiré du livre un "Grand Adversaire de la maçonnerie" Don Liugi Villa Ed Saint Rémi ...

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